Le Selmer SA80 II n’est pas un saxophone comme les autres. C’est un chapitre de l’histoire, un standard de l’industrie depuis sa sortie en 1981, et pour beaucoup, l’archétype même du saxophone alto professionnel. Mais aujourd’hui, face à une concurrence féroce, ce vénérable modèle est-il toujours un choix pertinent pour le saxophoniste confirmé ou en voie de professionnalisation ? Cet avis détaillé, basé sur une expérience de jeu approfondie, a pour but de démêler le mythe de la réalité et de vous aider à déterminer si le SA80 II est l’instrument qui correspond à votre projet musical.

I. Le Selmer SA80 II en bref : Pour qui est-il vraiment fait ?
Un saxophone pour confirmer son niveau ou pour les nostalgiques du son classique français ?
Le SA80 II n’a jamais été conçu pour les débutants. Son positionnement est et reste celui d’un instrument professionnel haut de gamme. Cependant, la réalité du terrain a évolué. À un prix neuf avoisinant les 6 500 €, il entre en concurrence directe avec des modèles modernes comme le Selmer Supreme, le Yamaha Custom EX ou les Yanagisawa de la série AWO. Son utilisateur idéal est donc multiple : le musicien confirmé, souvent formé au conservatoire, en quête du son classique français « rond et projetant » ; le professionnel de studio ou d’orchestre pour qui la fiabilité et la reconnaissance du timbre sont primordiales ; ou le collectionneur et amateur éclairé attaché à l’héritage Selmer.
Il faut en attendre une mécanique robuste, une justesse globale très bonne et ce timbre caractéristique, chaleureux et direct. Il ne faut pas en attendre la légèreté de clétage d’un Yanagisawa, l’homogénéité parfaite d’un Yamaha moderne ou les innovations acoustiques des modèles récents. C’est un instrument au caractère affirmé, qui demande une colonne d’air bien placée et une embouchure maîtrisée pour révéler son plein potentiel.
II. Un examen minutieux de la fabrication et de la finition
Qualité de construction : L’héritage du « Made in France » à l’épreuve du temps
Fabriqué à Mantes-la-Ville, le SA80 II bénéficie du savoir-faire historique de la marque. La finition est globalement excellente. Le laquage doré (ou argenté) est appliqué de manière uniforme et profonde, et les gravures sont nettes et précises. La mécanique est d’une solidité à toute épreuve : les piquets sont massifs et parfaitement ajustés, la charnière du Sol# est robuste. Les ressorts en acier bleui sont de qualité et les tampons en cuir compensé, avec leurs coussins de résonance (plaques), sont un gage de longévité et d’étanchéité.
Les points forts sont indéniablement la sensation de densité et de durabilité. On sent qu’il est construit pour durer des décennies. Le point faible, parfois relevé sur certains exemplaires des premières années, peut être un ajustage des touches de palmes (Fa#, Sol#) un peu moins précis que sur les modèles concurrents japonais, mais cela se règle par un bon réparateur. Globalement, c’est une fabrication haut de gamme qui justifie en grande partie son prix.
III. Prise en main et ergonomie au quotidien
Est-il confortable et facile à jouer ?
L’équilibre de l’instrument en bandoulière est parfait, une caractéristique souvent saluée chez Selmer. Le poids est bien réparti. Le placement des touches mères (main gauche) est classique et convient à la plupart des morphologies, bien que les personnes ayant de très petites mains pourraient trouver les touches de perles un peu éloignées. L’action de la mécanique est ferme et positive. Elle n’est pas aussi légère et rapide que sur un Yanagisawa ; elle offre plutôt une sensation de contrôle et de précision, avec un bruit de clés relativement discret.
L’ergonomie de la table d’octave et des touches de palmes est efficace, bien que le doigté du Fa# latéral demande un temps d’adaptation pour ceux qui viennent d’autres marques. L’accès aux notes graves est aisé grâce à un clétage bien pensé, et le passage au registre aigu est facilité par une table d’octave réactive. La sensation générale est celle d’un instrument sérieux, qui inspire confiance, mais qui ne fait pas de concessions à la simple facilité.

IV. Réponse, émission et contrôle du son
Comment se comporte-t-il sous le souffle ?
C’est là que le SA80 II révèle sa personnalité. La mise en vibration est immédiate, mais demande un engagement clair du souffle. La résistance est présente, typique des Selmer : c’est un souffle qui se « pose » plus qu’il ne « coule » librement comme sur certains Yamaha. Cette résistance est un atout majeur pour le contrôle. La stabilité de l’embouchure dans les nuances, du pianissimo au fortissimo, est remarquable et constitue l’une de ses grandes forces.
Les transitions entre les registres sont fluides, sans cassure brutale. Le point crucial de l’octave (du Do# au Do) est bien géré, avec une homogénéité qui permet des legatos impeccables. En résumé, l’instrument répond avec précision et loyauté à la demande du musicien, mais il exige en retour une technique de souffle solide pour être pleinement exploité.
V. Justesse et homogénéité : Le tableau de bord complet
Faut-il beaucoup corriger avec l’embouchure ?
La justesse globale du SA80 II est très bonne, voire excellente pour un instrument de cette génération. Les notes traditionnellement délicates comme le Fa# et le Sol# sont bien en place. Le Sib latéral et le Do sont justes et faciles à émettre. Le registre grave (du Do# au Sib) est plein et stable. Les aigus, au-delà du Fa#, chantent sans forcer et restent bien accordés.
L’homogénéité de la gamme est l’un de ses points forts. L’instrument « chante » d’un bout à l’autre, avec une couleur sonore cohérente. Bien sûr, comme sur tout saxophone, un travail d’oreille et d’embouchure est nécessaire pour affiner l’intonation dans tous les contextes, mais le SA80 II offre une base extrêmement solide et prévisible.
VI. Le cœur du sujet : Timbre et personnalité sonore
Quel son peut-on en tirer ?
Le timbre du SA80 II est sa raison d’être. Avec une embouchure neutre (type S80 ou D), il produit un son rond, chaleureux, au cœur dense et à la projection franche. Il est brillant sans être strident, plein sans être étouffé. Sa capacité de projection est excellente, que ce soit pour percer dans une section de big band ou pour porter le son au fond d’une salle de concert classique.
Sa flexibilité est intéressante : avec une embouchure plus ouverte et un choix d’anche adapté, il peut facilement s’orienter vers un jazz plus moderne, tout en conservant son caractère fondamental. Pour faire une comparaison métaphorique : il est plus rond et charnu qu’un Yamaha YAS-62 (modèle standard), plus direct et moins complexe qu’un Yanagisawa A-WO1 en bronze, et il se distingue clairement de la nouvelle génération comme le Selmer Supreme par un son plus « immédiat » et moins « sculpté ».
VII. Niveau visé et évolutivité
Jusqu’où peut-on aller avec ce saxophone ?
Le SA80 II n’est pas un instrument « d’étude ». C’est un outil professionnel qui peut accompagner un musicien tout au long de sa carrière. Il est parfaitement adapté pour le conservatoire (2ème et 3ème cycles), les concours, la musique d’orchestre classique, le big band et la scène jazz. En studio, son timbre reconnaissable et sa justesse en font un choix sûr.
Son potentiel évolutif est énorme. Couplé à une embouchure et des anches de niveau professionnel, il révèle toutes ses nuances. Il ne sera pas un frein à la progression technique ou artistique. C’est un partenaire exigeant mais loyal, qui récompense le travail.
VIII. Rapport qualité/prix et marché de l’occasion
Vaut-il son prix neuf ?
À plus de 6 000 € neuf, la question est légitime. Face à la concurrence, l’argument principal reste le son « Selmer », intangible et subjectif. Si ce timbre est ce que vous recherchez, le prix peut se justifier. D’un point de vue purement objectif, des instruments comme le Yamaha Custom EX ou le Yanagisawa A-WO10 offrent une finition et une homogénéité parfois supérieures pour un budget similaire ou inférieur.
C’est sur le marché de l’occasion que le SA80 II devient un investissement très intéressant. On trouve d’excellents exemplaires des années 80-90 entre 3 000 € et 4 500 €. À ce prix, il représente une valeur sûre et un rapport qualité/prix imbattable pour accéder à un instrument de légende. Un bon contrôle par un réparateur est indispensable pour vérifier l’état des pads et de la mécanique. Pour comprendre les différences entre ces grandes marques, notre comparatif Yamaha vs Selmer vous apportera un éclairage précieux.
Conclusion
Le Selmer SA80 II n’est pas un instrument parfait ou universel. Il est typé, exigeant et ancré dans une tradition sonore bien spécifique. Pour le musicien en quête d’un son classique français, chaleureux, projetant et doté d’une mécanique indestructible, il reste une référence absolue, surtout sur le marché de l’occasion. Pour ceux qui privilégient une ergonomie ultra-rapide, une homogénéité parfaite ou des innovations acoustiques, les alternatives japonaises modernes mériteront une attention particulière. En définitive, le SA80 II s’adresse à celui qui, en soufflant dedans, reconnaît immédiatement la voix qu’il cherchait.
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FAQ – Selmer SA80 II
Quelle est la principale différence entre un SA80 II et un Selmer Series II ou III ?
Le SA80 II (ou « Série II » dans le langage courant) est le modèle qui a succédé au Mark VI. Le « Selmer Series II » (ou « Série II américaine ») et le « Series III » sont des évolutions ultérieures. Le SA80 II a un son plus direct et immédiat, souvent décrit comme plus « classique », tandis que les Series III ont un son légèrement plus sombre et complexe, avec une mécanique légèrement modifiée.
Le SA80 II est-il adapté pour un débutant ?
Absolument pas. Son prix, sa résistance et son exigence technique en font un instrument inadapté, voire décourageant, pour un débutant. Pour un premier achat, consultez plutôt notre guide sur quel saxophone alto choisir pour débuter.
Faut-il privilégier un modèle ancien (années 80) ou récent ?
Les exemplaires des années 80, les premiers de la série, sont très recherchés pour leur sonorité, réputée plus proche des derniers Mark VI. Les modèles récents (années 2000+) bénéficient d’un contrôle qualité peut-être plus constant. La condition de l’instrument individuel est bien plus importante que son année de fabrication.
Quelle embouchure est recommandée pour le SA80 II ?
L’embouchure Selmer S80 (ou S90) en E ou C* est un classique qui épouse parfaitement la philosophie de l’instrument. Elle favorise le centre du son et le contrôle. Les embouchures Meyer (5 ou 6) sont aussi d’excellents choix pour le jazz, apportant un peu plus d’ouverture et d’edge.
Le SA80 II est-il bon pour le jazz ?
Oui, il est excellent. Il a été utilisé par de nombreux grands jazzmen. Son son projetant et son attaque franche fonctionnent très bien dans un contexte de jazz, du swing au bebop. Pour le jazz plus moderne, le choix de l’embouchure sera déterminant. Notre guide sur quel saxophone pour le jazz explore cette question en détail.
Quels sont les défauts récurrents à vérifier sur un SA80 II d’occasion ?
Vérifiez l’état des tampons (surtout ceux des clés de palmes et du Sol# grave), l’ajustage de la charnière du Sol#, l’absence de jeu dans les piquets, et l’état du laquage (oxydation sous les touches). Une visite chez un réparateur compétent est toujours un investissement sage avant l’achat.
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